{Le citron🍋} La poĂ©sie de Kaji MotojirĂ´

Le citron, l’œuvre inachevée de Motojirô KAJI (est un écrivain Japonais) est une succession de nouvelles comme autant de concentrés de vie, de sensations, d’observation. Ce livre est composé de courtes nouvelles toutes magnifiques ! L’auteur est mort à 31 ans de la tuberculose, et cette maladie transpire dans chacun des pages. Un journal imite, une merveille.IMG_20170413_124849_568

KAJII,_Motojiro_(1901-1932)_Japanese_short-story_writerné en 1901, passera sa courte vie avec une maladie : la tuberculose qui fait des ravages en ce début de siècle. Ce seront d’abord sa grand-mère puis ses frères et sœurs qui seront emportées. Il en sera atteint dès l’âge de vingt ans et les crises de fièvre, d’essoufflement, de douleur, de dépression hantera l’ensemble de son œuvre. Une maladie avec ses hauts et ses bas, mais qui exacerbe les sensations et crée une hypersensibilité à ce qui l’entoure. Les sensations sont décrites avec finesse et poésie, offrant au lecteur un univers insoupçonné à portée de main.

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Il est très difficile de raconter ce qui se passe dans ces courts récits, la poésie et la magie sont dans chaque phrase. Ces récits se lisent avec les yeux, les mains, le nez, l’oreille… le cœur. Ils se vivent plus qu’ils ne se résument. Il n’y a pas de héros, pas « d’action », juste un homme avec sa maladie, quelques amis, et le monde qui l’entoure et un livre « le citron »

La nouvelle qui ouvre ce livre est le citron. Le narrateur se promène et n’a pas goût à grand-chose (toujours cette maladie qui pèse comme une masse sur sa poitrine), jusqu’à ce qu’il découvre des citrons magnifiques chez la primeur. Il en achète un et tout son être s’en trouve métamorphosé au point de commettre un « attentat artistique ».
Dans L’Ascension de K ou la noyade de K, le narrateur nous dévoile sa rencontre sur une plage avec K, un homme fasciné par son ombre qu’il regarde des heures entières à la lumière de la lune.
Dans Jours d’hiver, un jeune homme très malade nous fait part de ses états d’âme. la mélancolie s’installe devant le paysage d’hiver et ses ombres menaçantes. Puis une grande fatigue le prend dans les rues de Ginza.

Sous les cerisiers, ma préférée, est une très courte nouvelle qui s’ouvre par la fameuse phrase « sous les cerisiers sont enterrés des cadavres ! ». Une nouvelle belle et sombre : les cadavres produisent un liquide cristallin pour abreuver les fleurs. Toute beauté est “tragique”et c’est de cette beauté dont le narrateur a besoin.
Hallucinations instrumentales nous offrent une soirée de concert et décortiquent pour nous toutes les sensations auditives d’un narrateur malade : ravissement à l’écoute des instruments dans la première partie, puis glissement de l’écoute vers les occupants de la salle.
Histoire de la conduite d’eau arrive dans la continuitĂ© avec, cette fois, le bruit très faible de l’eau qui s’écoule dans une vieille conduite sous un chemin de montagne. Entre clartĂ©s d’une idĂ©ale et sombre dĂ©sespĂ©rance : deux reprĂ©sentations d’une mĂŞme rĂ©alitĂ©.
Caresses (mon deuxième préféré) font cette fois appelle au toucher : évocation des sensations que l’on éprouve à caresser les oreilles du chat, paix procurée par les pattes du félin posées sur les paupières. Un récit entre douceur et cruauté, entre rêve et réalité.

Le livre fini par Accouplements, le narrateur y évoque des visions nocturnes. Deux chats jouent ensemble et ne s’enfuient que lorsque le veilleur de nuit s’approche, bonheur et insouciance. Puis deux grenouilles : un mâle chante pour une femelle, la femelle lui répond, le mâle la rejoint en nageant. Une des beautés de ce monde.
Ce sont des moments fugaces, des instants précieux, beaux mais douloureux lorsque la maladie rôde et finit par avoir le dessus. L’auteur nous livre ces récits comme un héritage spirituel et poétique, un message pour nous qui ne savons plus contempler : regarder, admirer, profitez de chaque instant de la vie qui nous est offerte, car elle est bien trop courte.

Extrait de Caresse :

« L’oreille du chat est vraiment une drôle de chose. Mince et froide, elle est couverte de poils ras au-dehors et luisante au-dedans, comme la peau d’une pousse de bambou. Elle est d’une matière indéfinissable, à la fois dure et tendre, tout à fait particulière. Depuis mon enfance, j’avais toujours eu une envie irrésistible d’y donner, clac, un coup de poinçonneuse à tickets. Imagination cruelle ? Non. Elle était entièrement due à l’étrange pouvoir de suggestion que possède cette oreille. »

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